Brainstorming Jerada

La mine de charbon qui est exploitée depuis le début des années 30 dans la région de Jerada a fait de cette localité aujourd’hui, une agglomération de plus de 70.000 habitants qui représentent 7,3% de la population de la Province d’Oujda. Les Charbonnages du Maroc (CDM) qui exploitent cette mine d’anthracite y assurent l’emploi direct à près de 6.500 personnes. En y rajoutant le personnel de la Centrale Thermique de Jerada (CTJ) de l’Office National de l’Electricité, qui est le principal client de la mine, ce sont 7.000 emplois directs au moins qui sont assurés dans cette contrée défavorisée et reculée du Maroc. En tenant compte des autres activités économiques entraînées par la seule présence de la mine et de la Centrale électrique on peut mesurer toute l’importance du couple CDM-CTJ sur le plan économique et social tant régional que national.

Aussi toute difficulté ou problème affectant l’une de ces entreprises se répercute-t-il d’abord sur l’autre à l’image de frères siamois et ensuite sur tout ce qui constitue l’environnement externe de ces deux entités industrielles des secteurs minier et énergétique. Toutefois, il convient de préciser qu’en cas de difficultés majeures de la mine, la Centrale peut toujours tourner soit avec du charbon d’importation soit du fait qu’elle est équipée pour brûler du gaz naturel (dans la mesure où celui-ci peut être disponible par le biais d’une alimentation à partir du gazoduc Maghreb-Europe qui devrait transiter par la région de Aïn Béni Mathar, plus au Sud). Alors qu’à l’inverse, en cas de difficultés majeures de la Centrale ONE, les conséquences seront plus dramatiques, voire tragiques pour la mine à moins peut être de remettre en service et de procéder à l’extension de l’usine d’agglomérés de GUENFOUDA. Mais, dans les deux cas, la ville de Jerada s’en ressentira de manière notable si d’autres activités à même d’y fixer la population ne sont pas mises en place et développées.

Pour une entreprise minière ayant un impact social important comme les CDM, le paramètre technique qu’il est indispensable et vital de surveiller particulièrement sur son tableau de bord est constitué par les réserves minières techniquement exploitables et marchandes. De manière générale on peut dire que lorsqu’une telle entreprise est lancée l’effort de recherche se doit d’être continu pour mettre en évidence et préserver des réserves nouvelles garantissant une activité de l’exploitation pour au moins 20 ans. Autrement dit lorsque la recherche n’arrive plus à mettre en évidence de nouvelles réserves, le compte à rebours pour mettre fin à l’activité d’exploitation doit être commencé et s’étaler sur une période d’au moins 20 ans, période au cours de laquelle tout doit être mis à profit pour étudier et agir dans le sens du maintien au moins du niveau de développement économique atteint par la région et ce dans le but de ne pas voir l’agglomération issue de l’activité minière devenir une ville fantôme à l’image de ce qu’est devenue la cité de BOUBEKER par exemple, après la fermeture de la mine de Plomb-Zinc qui y était exploitée…

Le cas de la mine de Jerada est particulier en ce sens que tout analyste objectif (sans vouloir jeter de discrédit sur les dirigeants de cette entreprise de quelque époque que ce soit) peut aisément noter que la recherche minière avait été négligée. A telle enseigne que l’on s’est retrouvé au début des années 80 avec des réserves minières et marchandes de l’ordre de 9.000.000 de Tonnes dont 7.000.000 T dans le Siège V, siège principal qui avait été préparé au cours des années 70 suite à une campagne de recherches pour le moins très modeste qui n’a pu que fournir une structure hypothétique du gisement situé dans la partie occidentale du Bassin Houiller qui, dans cette zone, est sous un recouvrement stérile de plus de 250 mètres. Les autres 2.000.000 de tonnes de réserves restantes se trouvant dans des sièges périphériques (siège F3, siège IV et siège Bassin Nord) situés pour la plupart dans la zone affleurante du Houiller à l’exception pro-parte du siège IV. Le Siège V avait été équipé et préparé notamment pour alimenter la Centrale Thermique conçue spécialement pour consommer les fines d’anthracite produites par la mine, Centrale qui entra en fonction en 1972. Du reste le projet de cette centrale électrique implantée à proximité du Lavoir s’imposait de lui même car les conditions géologiques du gisement (contenu sédimentologique, volcanique et tectonique) exploité depuis les années 30, de même que les méthodes d’exploitation et de valorisation utilisées font que la production nette marchande de la mine est invariablement constituée d’environ 20% de calibrés et de 80% de fines…

Ainsi au début des années 80 les Charbonnages du Maroc se sont trouvés devant une situation très délicate sur le plan technique car le projet minier du siège V avait été basé sur une structure hypothétique du gisement. De ce fait le Siège V qui devait à cet horizon produire 1.000.000 Tonnes/an n’en produira que 230.000 Tonnes et le complément à 700.000 T que produisait la mine l’était par les sièges périphériques qui ne recelaient que 2.000.000 de tonnes de réserves marchandes. En outre la recherche était pratiquement arrêtée et inexistante… La géologie de la mine était passée aux mains des géomètres et la Direction de la mine arguant que la mine n’avait pas besoin de géologue, envisageait même d’affecter le géologue sorti de l’ENIM qui avait été recruté deux ans auparavant, à l’exploitation !!! Certes il avait été fait appel à un Bureau d’Etudes polonais (POLSERVICE) mais qui ne fournit qu’une belle étude de synthèse bibliographique avec des recommandations de travaux de recherches. Le drame technique résidait dans le fait que l’objectif de production de 1.000.000 de tonnes par an était maintenu alors que :
 Les réserves des sièges périphériques étaient limitées. De ce fait, ces sièges devaient fermer dans le meilleur des cas vers 1986 si aucune recherche ne venait à mettre en évidence de nouvelles réserves.
 La capacité de production du siège V ne pouvait à cet horizon de 1986 dépasser 300.000 tonnes/an sans une amélioration de l’ossature minière et des conditions de travail du personnel au fond.
La Recherche avait un retard de pas moins de 15 ans…, sans compter le retard cumulé par les creusements préparatoires.

Au cours des années 80, les souhaits et voeux d’un grand homme qui sacrifia prés de 30 ans de sa vie au service de la mine de Jerada en l’occurrence Feu Boris OWODENKO, furent exaucés avec la mise en place à Jerada même d’un service géologique en bonne et due forme qui s’occupa tant de la géologie minière que de l’exploration minière. Cet homme remarquable dont le dévouement à la région est entré dans la légende et dans l’Histoire des Charbonnages de Jerada avait en effet à maintes reprises, au début des années 70, notifié par écrit aux dirigeants de la mine de se conformer à la réglementation en vigueur qui leur fait obligation de recruter au moins un géologue permanent sur le site.. Il convient ici, au passage, de rendre hommage à ce chimiste de formation devenu par la suite géologue qui fit un travail de bénédictin en réalisant le lever géologique au 1/1000 de l’ensemble du Bassin Houiller, au théodolite!. Ce géologue qui avait été décoré par le Regretté S.M le Roi Mohammed V avait en son temps attiré l’attention des responsables de la mine sur leur négligence de la recherche… Toujours est-il que ce n’est qu’après sa mort, survenue en 1976, que son voeu trouva un début de réalisation. Ainsi en 1981 un service géologique érigé en Département de la Recherche et de l’Exploration (DREX) fut mis en place à JERADA. Le bilan de l’action de ce département est consigné dans les rapports CDM/DMP n31/87, CDM/DGMD n26/88 et CDM/DGMD n27/88.

Pour une entreprise en difficulté, la méthodologie générale pour une stratégie de redressement passe par une synthèse des diagnostics suivants :
 Le diagnostic stratégique, qui se doit d’apprécier la pertinence de la stratégie menée par les dirigeants de l’entreprise, les menaces et les opportunités à venir.
 Le diagnostic management, qui permet de mesurer les performances de l’encadrement et les méthodes de gestion et de direction.
 Le diagnostic « industriel », qui doit déterminer les causes de la baisse de productivité et de rendement.
 Le diagnostic financier, qui doit rechercher les causes des difficultés financières aussi bien internes qu’externes à l’entreprise.
 Le diagnostic commercial, qui doit cerner les causes de la perte de compétitivité commerciale et de baisse d’activité.
 Le diagnostic ressources humaines, qui doit essayer de cerner le cas échéant les causes de dégradation du climat social.
Ces diagnostics doivent déboucher respectivement sur un listing de mesures possibles:
 de développement à moyen terme.
 de réduction de frais généraux et d’amélioration de la gestion.
 de réduction des coûts de production.
 de sauvegarde immédiate, de réduction des besoins financiers et de restructuration.
 de redressement et de croissance du chiffre d’affaires.
 d’ajustement des effectifs.

L’objectif de cette note est de contribuer à la réflexion en cours pour le redressement de la situation des CDM, en listant une série de mesures possibles tous azimuts et en proposant des projets basés sur les potentialités locales et susceptibles d’engendrer des retombées bénéfiques tant pour l’entreprise elle même que pour la région. Elle a l’ambition d’alimenter la cellule chargée de cette réflexion en idées dans l’esprit d’une séance de brainstorming « global » c’est à dire appliqué tant au niveau de l’analyse diagnostic qu’au niveau des « solutions » possibles. Elle ambitionne également de fournir des idées et éléments de réflexion à tous ceux qui se préoccupent de prés ou de loin de l’avenir de cette région de notre Maroc bien aimé. Mon souhait est aussi que tout investisseur potentiel puisse trouver dans cette note des germes de projets à cogiter. Il importe enfin d’avertir le lecteur non familiarisé avec le brainstorming de ne pas s’étonner de relever des idées ou assertions totalement contradictoires ou saugrenues, car cela est une des caractéristiques de cette technique d’aide à la créativité. En effet dans cette méthode toutes les idées sont recevables et l’idée la plus saugrenue peut s’avérer la plus féconde.. En outre ce qui importe le plus devant des contradictions c’est d’entretenir le choc des idées entre elles… jusqu’à ce que la lumière jaillisse…:
1 – Le désarmement de l’infrastructure du siège IV Est et l’arrêt de la préparation des chantiers d’exploitation des couches du Westphalien B dans ce siège constituent une erreur stratégique.
2 -Le désarmement du siège à l’Est du Puits II qui recèle pas moins de 600.000 tonnes de réserves et qui était prévu pour prendre la relève du Bassin Nord à sa fermeture est également une erreur stratégique importante.
3 – Ces deux sièges auraient pu assurer un appoint de production à eux deux de l’ordre de 150.000 à 200.000 tonnes annuelles pendant au moins 4 à 5 ans, pour permettre une bonne préparation de l’exploitation de nouveaux quartier dans le siège V et garder ainsi un niveau de production pour l’ensemble mine de 700.000 à 750.000 tonnes, production que le siège V pourrait alors assurer à lui seul par la suite.

4 – Pour le siège V, les ingénieurs des mines, chargés des études et de la planification doivent trouver une solution pour la mécanisation de l’abattage des couches plateures notamment dans la zone dite des plateures du Puits III. En effet les plateures constituent environ 44% des réserves du Bassin Centre du siège (semi dressants : 43% et dressants : 13%) et y envisager un abattage classique au marteau piqueur serait impossible et prohibitif sur le plan des rendements et de la productivité, sans compter qu’il sera à l’avenir de plus en plus difficile de trouver une main-d’oeuvre acceptant de travailler au marteau piqueur. Je pense que si une solution n’est pas trouvée dans l’optique d’une mécanisation, ces réserves risquent fort d’être versées aux réserves inexploitables et de compromettre ainsi l’avenir proche du Bassin Centre, en ce sens que le fonçage du Puits III aura été une pure perte… La mécanisation notamment des couches C et F n’est pas chose impossible dans cette zone car leurs épontes y ont une bonne tenue et leur puissance moyenne s’y améliore selon les orientations de la sédimentologie. Cependant pour la couche B cela semble moins évident, même en dehors des zones de chenaux sédimentaires l’affectant, car dans cette partie du Bassin Houiller, la puissance moyenne de cette couche a tendance à se dégrader selon les données de la sédimentologie.

5 – Une attention particulière doit être portée à l’exploitation des dressants et des semi-dressants car dans ces chantiers il semble bien démontré que les pertes de charbon en arrière taille sont de 20 à 30 % au moins. L’ingénierie nationale (Ecole Mohammedia d’ingénieur, Ecole Nationale d’Industrie Minérale, Bureaux d’Etudes nationaux…) peut contribuer à l’analyse et à la résolution de ce problème qui est un problème de méthode d’exploitation.
6 – Un problème d’Ethique se pose à l’exploitation de cette mine de charbon en ce sens que si l’on considère l’environnement physique où évolue le personnel au fond on peut dire sans vouloir être méchant que la mine de Jerada exploite « un peu de Charbon dans beaucoup de silice » et l’on sait le risque de silicose encouru pour un personnel trop longtemps exposé à cet environnement. En effet les terrains porteurs du gisement sont constitués essentiellement de schistes gréseux, grès et conglomérats. Cet aspect est résumé dans les analyses moyennes suivantes du Charbon produit, des épontes (toits et murs des couches exploitées) et des poussières produites au fond par l’activité d’abattage :
a) Analyses de la production :
La teneur en cendres de la production brute 0/80 est de 41,8% et la composition moyenne de ces cendres est la suivante:
Silice (SiO2 ) = 54,85%, Alumine ( Al2O3 ) = 21,17%, Fe3O2 =12,86%
CaO = 2,95%, MgO = 1,93%, Alcalis= 3,13%, TiO2 = 0,35%.
La teneur en cendres de la production nette (calibrés 10/80) est de 7,7%, cendres qui titrent en moyenne :
Silice = 21,20% , Al2O3 = 12,36%, Fe3O2 = 41,80%, CaO = 8,20%,
MgO= 3,92%, Alcalis = 2,25%, Ti O2 =,32%.
b) Analyses des épontes :
On donnera ici uniquement la teneur moyenne en silice du toit et du mur de chacune des couches exploitées :

c) Analyses des poussières
La fraction granulométrique 0/0,1 mm qui est la fraction nocive des poussières compte pour 15% dans un échantillon moyen des poussières produites au fond. Cette fraction titre 21,3% de cendres dont la teneur moyenne en silice est de 46,20%.

7 – La mine de Jerada n’est pas Grisouteuse. La raison principale en est que les matières volatiles (MV) du Charbon de Jerada sont pauvres en Méthane (la composition moyenne de ces MV est en volume la suivante : Hydrogène 84,8% – Oxygène 0,1% – Azote 3,1% – Méthane 5,8% – CO 3,0% ) et cet anthracite titre en moyenne 4 à 5% de matières volatiles. Cette composition en matières volatiles semble être constante sur l’ensemble du Bassin Houiller pour toutes les couches exploitées et ce, même en profondeur. S’il faut rendre grâce à Dieu du fait que la fracturation intense du gisement a peut-être contribué au « dégagement des gaz », il n’en reste pas moins surtout dans la partie occidentale sous couverture secondaire que des petites poches de gaz peuvent avoir été piégées. Ceci est surtout important sur le plan de la sécurité et ce d’autant plus que ce type de risque est totalement sorti de la conscience tant du personnel ouvrier que de l’encadrement… Je n’en veux comme preuve que ce fait que j’ai vécu en Juin 1981 avec un technicien allemand (qui s’occupait à la mise en place et au réglage du laboratoire d’enregistrement de sismique au fond, pour l’exploration du panneau B240 prévu pour les essais de mécanisation ) que j’ai trouvé au bord de l’apoplexie à coté du labo à cause d’un ouvrier qui marquant une pause s’alluma une cigarette.. Après avoir sanctionné cet ouvrier en application du règlement, je ne pus ramener à la raison cet allemand et le « convaincre » qu’il n’y avait pas de risque de grisou, que paradoxalement, en lui montrant un ouvrier occupé à une soudure au chalumeau (!!) dans un chantier voisin….
8 – S’il y a une volonté réelle de maintenir une activité minière encore pour plusieurs décennies, le potentiel Charbonnier que représentent les terrains du Westphalien B dans la partie affleurante du Bassin Houiller mérite un investissement de recherche et ce même dans l’optique éventuelle d’une exploitation de Schistes Charbonneux.. La mine qui en résulterait serait une mine de petite à moyenne profondeur. Le produit pourrait alimenter une centrale thermique à chaudière à lit fluidisé pour production d’énergie électrique.

9 – En avril 1989 lors des journées de la Société de Géologie Africaine, Monsieur GUERRAK SALAH, Directeur Général de l’Office National de la Géologie d’Algérie, qui présidait la séance où j’avais eu à exposer une communication intitulée « Modèle sédimentologique et prévisions minières », avait marqué un très vif intérêt, Après cet exposé, à la Géologie du Bassin Houiller de Jerada en s’enquérant sur son éventuel extension en territoire algérien. En lui précisant que seuls probablement les terrains du Westphalien B pouvaient être présents de l’autre coté de la frontière mais sous une couverture mésozoïque relativement épaisse, je lui fis part également de mon étonnement de cet intérêt en faisant allusion aux potentialités algériennes en pétrole et en gaz naturel.. Malgré ma précision et mon étonnement ce responsable de la Géologie Algérienne maintint la même intensité d’intérêt arguant que le pétrole et le gaz ne sont pas éternels et qu’il faut se préoccuper entre autres d’étudier et d’identifier toutes les possibilités de ressources énergétiques du sous-sol et que dans ce cadre ils seraient très intéressés en Algérie par une coopération pour la reconnaissance commune de la zone frontalière.

L’investissement pour la reconnaissance du Westphalien B dans la partie orientale du Bassin Houiller, que j’ai suggéré plus haut (point n 8) pourrait être envisagé dans l’optique maghrébine algéro-marocaine de développement de zones frontalières.
10 – La région de Jerada a une vocation minière qui aura encore et pour longtemps à mon sens une influence sur le développement de cette partie du Maroc. La mine de Jerada étant une des mines les plus difficiles à exploiter de par la variété et la complexité des problèmes qui y sont affrontés, elle constitue de ce fait un champ idéal d’études et de recherches pour des scientifiques de tous bords (sciences de la terre, art des mines, minéralurgie, sciences sociales, médecine, gestion d’entreprise, environnement etc….). Aussi serait-il tout à fait indiqué d’étudier la possibilité d’implanter à Jerada un Institut Scientifique Polytechnique de Recherche Appliquée.

11 – Même si à plus ou moins long terme l’activité d’exploitation du charbon (et éventuellement des schistes charbonneux…) venait à cesser pour épuisement de réserves techniquement exploitables ou pour tout autre bonne raison je pense que l’activité de creusement des galeries peut continuer dans l’optique par exemple d’une transformation de la mine en lieu de stockage souterrain de déchets nucléaires ou en lieu de culture de champignons… Pour préserver ces possibilités de transformation de l’activité de la mine il importe dés à présent de ne plus procéder au désarmement de l’infrastructure d’extraction et des galeries et descenderies principales.
12 – Des études expérimentales pour la valorisation de l’anthracite de Jerada sont menées depuis 1985 au Laboratoire de la Réactivité des systèmes solide-gaz à la Faculté des sciences de Rabat, sous la direction du professeur L. BELKBIR. Ces études menées par Monsieur BOUMAHMAZA dans le cadre d’une thèse de Doctorat d’Etat, portent sur la pyrolyse sous azote et sur la gazéification à l’air et à la vapeur d’eau du Charbon de Jerada. Il serait intéressant de faire le point avec ce chercheur national et d’étudier dans quelle mesure il est possible de dégager un autre axe de valorisation de cet anthracite.
13 – Une coopération entamée en 1986 avec le professeur K.H.R. Moelle, Directeur de l’institut de Recherche sur le Charbon de Newcastle (AUSTRALIE) –Institut of Coal Research of Newcastle- a pu déboucher suite à des analyses effectuées sur l’anthracite de Jerada sur la possibilité existante d’utiliser les calibrés de ce charbon dans l’industrie électronique, l’industrie pétrochimique et pour la fabrication de filtres industriels anti-pollution. Cette possibilité mérite à mon sens d’être prospectée surtout dans l’optique d’une implantation à Jerada ou même à Oujda d’une usine de filtres industriels. Pour cela il y a lieu de se mettre en relation avec des entreprises Japonaises ou coréennes de cette branche industrielle.

14 – La possibilité d’implanter une cimenterie dans la région de Jerada existe également. En effet à l’ouest de Hassi Blal et dans le Metroh il y a un gisement de calcaires lithographique aalèno-bajociens faiblement magnésiens présentant la qualité requise pour alimenter une cimenterie. Les réserves sont de l’ordre de 60 millions à l’ouest de Hassi Blal et dépassent très largement plusieurs centaines de millions dans le Métroh. Pour ce qui est des matières premières silico-alumineuses, il est possible d’utiliser les rejets schisteux de la mine, les schistes du Westphalien ou les limons argileux de la plaine du Metroh.Il y a en outre un gisement de gypse (matière d’ajout) à environ 20Km au sud de JERADA à proximité de l’Oued El Hai et dont les réserves semblent importantes. L’ajout de fer pourrait provenir de la mine de Nador.
Le chapeau de fer existant à El Aouinet pouvant faire l’objet d’une reconnaissance pour en évaluer l’importance..
Quant au problème de l’eau, la campagne de forages profonds réalisés dans le secteur occidental du bassin Houiller au cours des années 80, avait pu mettre en évidence une nappe phréatique dans les calcaires et dolomies du Lias et dont l’exurgence serait constituée par la source de Guefait. L’évaluation quantitative de cet aquifère reste à faire.

15 – Des carrières de marbre peuvent être également ouvertes dans les calcaires blancs lithographiques mentionnés plus haut, de même que des carrières pour matériaux de construction ou de ballast. La proximité de la voie ferrée permet d’envisager de grandes capacités d’extraction de ces carrières en vue d’une « exportation » hors région de JERADA.
16- Ces mêmes calcaires sub-lithographiques aaléno-bajociens peuvent servir également de matière première pour une industrie chimique pour la production de carbure de calcium étant donné leur pureté.
17 – Les profils sismiques 6 W et 9 W Sud réalisés en 1981 ont montré dans leurs tronçons méridionaux que la faille qui limite le Horst de JERADA au Sud a un rejet très important qui dépasse les 2000 mètres. On sait par ailleurs que le sondage profond hydrogéologique n32/18 DRE (x=794,500 y=402,450 et z=836) a atteint la profondeur de 1040 m sans avoir touché les terrains du Lias. Cela donne à penser qu’il est possible que des sondages plus profonds puissent révéler une nappe d’eau artésienne très probablement thermale. Dans le cas ou cette présomption s’avérerait juste il y a là un intérêt certain tant pour le tourisme que pour l’agriculture.

18 – Dans le lot de matériel de la mine, il y a encore deux veilles locomotives de train datant des années 40 ou 50. Ces deux engins pourraient être remis en service en étant intégré à un train navette « pittoresque » entre JERADA et OUJDA et pourrait servir éventuellement et à l’occasion pour des besoins cinématographiques ou publicitaires…
Disons d’une manière générale qu’il y a là une idée à creuser sur le plan touristique et de l’industrie cinématographique. Sur le plan touristique, le musée squelettique des CDM existant pourrait être repensé et redynamisé pour lui donner un attrait tant pour le public national qu’étranger… Une structure d’accueil existe déjà qui peut être développée : studios, chambres, restaurant, piscine, courts de tennis et une jolie forêt où un club équestre ne demande qu’un peu de bonne volonté pour voir le jour. Un effort de promotion devrait à mon sens être entamé dès à présent lorsque l’on sait qu’Oujda fait partie des villes où se déroulerait le Mondial 1998 (Coupe du Monde de Football) dans le cas où notre pays serait élu pour son organisation… Jérada serait un lieu idéal de concentration pour une ou deux délégations. C’est peut-être là une occasion unique pour lancer l’idée de faire de Jérada une destination possible du tourisme national et pourquoi pas du tourisme international…


19 – Les CDM emploient un effectif d’environ 6.000 ouvriers dont la répartition par origine et par service est la suivante :

 

Dans le cas d’une nécessité absolue de compression de personnel, il serait peut-être utile d’étudier les possibilités de réinsertion des ouvriers qui ne sont pas originaires de l’Oriental, en partie ou, dans la mesure du possible, en totalité chacun dans sa province d’origine ou au moins dans la région économique dont il est issu.
20 – De manière générale, si la décision de diminuer ou de réduire l’activité d’exploitation, venait à être envisagée, les CDM peuvent s’orienter vers la réalisation de travaux à l’entreprise dans les secteurs suivants : Génie civil, Bâtiment, Travaux topographiques, Entretien et réparations électromécaniques, Menuiserie, Travaux miniers. Ils pourraient intervenir tant au niveau régional que national et pourquoi pas maghrébin, car ils disposent non seulement d’un personnel diversifié et qualifié ( ingénieurs, agents de maîtrise et ouvriers) nécessaire pour répondre à la demande de ces différents secteurs, mais également d’équipements et d’une infrastructure (atelier électrique, atelier mécanique, menuiserie etc…) adéquats.
21 – Lorsque l’on sait que pratiquement l’ensemble des villes du Maroc Oriental ont un réseau d’assainissement vétuste et inexistant dans certains cas ( Taourirt, El Aioun, Saidia) on peut imaginer que ces travaux puissent être confiés aux CDM.

22 – Pour revenir aux calcaires lithographiques affleurants et disponibles en grandes quantités dans la région et cités plus haut, il serait également peut-être intéressant d’envisager dans des zones de calcaires purs à sélectionner, une exploitation pour production de chaux. On sait que la chaux est largement utilisée dans l’industrie chimique , l’agriculture, la fabrication du papier, et la verrerie.
En conclusion on peut dire qu’il y a à Jerada en dehors de la mine de charbon, qui a devant elle encore plusieurs décennies d’activité, d’autres potentialités certaines, qui représentent un gisement d’opportunités et de projets possibles à développer ou au moins à cogiter sérieusement, dans les secteurs paraminier, du Tourisme, de l’Education et de la Formation Professionnelle, de l’Environnement, de l’Agro-industrie et des Services… JERADA sans la mine ne serait peut-être pas ce qu’elle est actuellement et je pense qu’il n’est pas utopique de dire, pour peu que l’on s’essaye à faire de la prospective pour cette région, qu’il n’y aura pas « d’après-mine »; il y aura éventuellement un « après-charbon » avec une activité de creusement de galeries, de puits et descenderies pour d’autres fins autres que l’extraction du charbon ou de schistes charbonneux… Le développement de la région peut se faire à partir et autour des CDM.

Bon nombre de responsables et d’observateurs s’accordent à dire que le problème des CDM est globalement un problème de gestion. Il est effectivement très juste et indéniable que le bicéphalisme qui a caractérisé la Direction des CDM , du moins au cours des années 80 a grandement contribué à la crise actuelle. Le style de management pratiqué au cours de cette période a mené à l’aggravation des problèmes techniques, à la dégradation continue du climat social et évidemment des résultats techniques et financiers.
Certes, la situation est pourrait-on dire, dramatique mais pas désespérée. Il ne fait aucun doute que sur le plan management les CDM ont besoin d’un sang nouveau, d’un manager qui ne pratique pas le management de la bousculade, d’un manager qui puisse mettre en valeur le fantastique capital humain existant à Jerada, d’un manager « clean », d’un manager qui sache rassembler l’encadrement autour d’un objectif clair, d’un manager qui puisse susciter un véritable esprit d’équipe au sein du personnel. Il est clair que l’ère de l’improvisation, de l’omnipotence aveugle, du mensonge, de l’abus de pouvoir, du gaspillage doit être enterrée à jamais, pour laisser la place à la transparence, la compétence, le réalisme, la justice sociale et au travail sérieux et réfléchi…
On pourrait enfin dire pour terminer, qu’à Jerada, au début était la mine et ses dépendances, maintenant c’est une petite ville avec une mine et une centrale électrique. Les CDM supportent encore des charges qui reviennent à d’autres instances ou offices publics. Il y a fort à parier que ce sera en essayant de réfléchir à la manière de remédier à cette situation anormale, que l’on trouvera la bonne solution pour la restructuration et l’assainissement des finances des CDM.

Commentaire (1)

  • Laila| janvier 24, 2018

    Très intéressant comme article!!

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